Il était jeune, brillant, et promis à un avenir radieux.
Informaticien reconnu, chef d’entreprise et auteur de plusieurs ouvrages sectoriels dans le domaine des technologies, Soro K. avait même été distingué par un prix d’excellence. Pendant un temps, tout semblait lui sourire : contrats avec l’État, relations d’affaires prometteuses et réputation solide.
Mais aujourd’hui, sa trajectoire connaît un brutal coup d’arrêt.
Une relation de confiance brisée
Tout commence en 2015. Soro K. collabore avec le patron d’une société de tran
sit, la SDMA. Les relations professionnelles sont bonnes et la confiance s’installe progressivement entre les deux hommes.
En 2020, l’homme d’affaires de la SDMA souhaite acquérir des tracteurs et des semi-remorques en Chine. Soro K. se propose de gérer la commande. L’offre est acceptée. Les fonds sont versés : 193 millions de FCFA.
Les mois passent, mais la livraison tarde. Une partie seulement du matériel finit par arriver à Abidjan.
« Une petite partie des machines est arrivée, mais pas l’ensemble de la commande », explique le patron de la SDMA.
Les relances se multiplient, sans résultat concret.
Mission en Chine et découverte troublante
Pour tenter de débloquer la situation, Soro K. propose d’organiser une mission en Chine, à ses frais. L’objectif : rencontrer directement le fournisseur.
Un collaborateur de Soro K. et le patron de la SDMA se rendent donc sur place.
La surprise est de taille.
Selon le fournisseur chinois, la commande n’a jamais été entièrement payée.
« Les quatre semi-remorques qui ont été payées ont été expédiées à Abidjan. Le reste de la marchandise est là, mais nous n’avons jamais reçu le solde », leur explique le responsable de l’entreprise.
Le montant non payé s’élèverait à 143 millions de FCFA.
L’affaire devant le pôle pénal économique
La relation d’affaires se dégrade. L’affaire est portée devant la justice.
Soro K. est arrêté et poursuivi devant le pôle pénal économique et financier pour abus de confiance portant sur 143 243 076 FCFA. Toutes ses demandes de liberté provisoire sont rejetées.
À l’audience du 12 mars 2026, le patron de la SDMA apparaît profondément déçu.
« J’ai voulu donner une chance à un jeune Ivoirien. Je continuerai de faire confiance aux jeunes Ivoiriens, mais plus à lui. Je veux simplement récupérer mon argent. »
La défense du prévenu
Face au tribunal, Soro K. tente d’expliquer la situation.
Selon lui, le premier lot aurait été payé et expédié. Pour le second, un acompte de 30 % aurait été versé conformément aux termes convenus avec le fournisseur.
Il évoque également des erreurs sur les relevés d’identité bancaire, qui auraient retardé les paiements.
Mais sous les questions insistantes de la présidente du tribunal, il finit par reconnaître que le solde de la commande n’a pas été réglé.
Il affirme toutefois qu’un accord de remboursement avait été trouvé en 2025.
« Nous nous étions engagés à rembourser. Nous avons déjà payé 10 millions de FCFA sur les 143 millions. Mais je suis en détention. J’avais demandé une liberté provisoire pour respecter les échéances. »
Les réquisitions du parquet
Pour la partie civile, les faits sont limpides.
« Il a reçu la totalité des fonds et a passé la commande du plus petit marché afin de conserver la plus grande partie de la somme », soutient le plaignant, qui réclame le remboursement de 133 243 076 FCFA.
Le parquet, lui, évoque une affaire tragique pour l’image d’un jeune talent.
« Le patron de la SDMA a fait confiance à ce jeune. Il lui a remis de l’argent pour acheter du matériel en Chine. Il a fait un mauvais calcul. Une fierté nationale en informatique qui se comporte ainsi… Il faut sauver le soldat Soro. »
Le ministère public requiert un an de prison et le paiement de 300 millions de FCFA, solidairement avec sa société.
« Le soldat Soro a le dos au mur »
L’avocat de la défense plaide pour la clémence.
« Le soldat a le dos au mur, à genoux, les bras en l’air, sans armes. Il est en prison et sans argent. L’affaire a mal tourné. »
Reconnaissant la douleur du plaignant, il demande au tribunal de suivre les réquisitions du parquet.
« Nous allons aider notre client à régler au plus vite afin de mettre un terme à cette affaire. »
Dernier mot du prévenu: « Je tiens à présenter mes excuses à la SDMA. J'ai retenu la leçon. »
Le délibéré, le 16 avril 2026.
Mots clés: #Informaticien #Soro K.