Est-ce que vous pouvez nous parler de votre début au village Kiyi ?
Au village Kiyi, c’était en 1989, je crois où je suis allé passer l'audition. Et puis voilà, on m'
a retenu. Parce que, Wêrê (Wêrê Wêrê Liking, Ndlr) qui disait qu'on sent la volonté en toi mais tu n'as pas vraiment le niveau qu'il faut mais bon, on te prend et on te met à l'essai. Et moi ça, dans ma vie, c'est ce que j'adore, qu'on m'essaye. Parce que comme j'aime travailler, j'aime bosser et j'aime aimer, donc je me suis plié en quatre. Et au bout de deux semaines seulement, Wêrê m'a appelé et m'a dit non c'est bon. Considère que tu es pris. Donc c'est comme ça que ça s'est passé. Et le Village Kiyi, franchement, c'est le plus bel endroit au monde où je pouvais atterrir à ce moment précis. Parce que j'arrive, c'était rempli, il y avait du tout. Tu tournes ici, il y avait du tam-tam, tu regardes ici, il y a la sculpture, tu regardes là, il y a la peinture. Tu regardes là, il y a la danse, il y a le chant, il y a les marionnettes, il y a les masques, il y avait tout. C'était comme si je baignais dans un océan de savoir.
« Je suis un homme accompli »
Qu'est-ce qui vous a marqué là-bas concrètement ?
Au village, j'ai appris tout ce que je sais aujourd'hui. Et ce n'est pas en une heure que je vais pouvoir relater, mais franchement, je suis un homme accompli, je suis un homme heureux. Parce qu'il y a des endroits où tu vas pouvoir apprendre un métier, ou une chose, ou telle chose, tu vois. Mais au village Kiyi, Wêrê Wêrê Liking ne formait pas que des danseurs, que des chanteurs, que des percussionnistes, on formait des Hommes. C'est dans la plénitude de la formation, c'est ce que je peux retenir du village. Quand tu sors du village Kiyi, tu es quelqu’un.
« Au village Kiyi, Wêrê Wêrê Liking ne formait pas que des danseurs, que des chanteurs, que des percussionnistes, on formait des Hommes »
Comment se passaient vos relations avec Wêrê Wêrê Liking et comment elles se passent aujourd’hui ?
Ça se passe toujours ! Bon, il y avait beaucoup de différentes organisations au village. Il y avait le comité des fondateurs, il y avait le co-fondateur, il y avait le comité des sages, il y avait le comité du travail, il y avait les familles. Et donc, il y avait beaucoup de différentes cellules qui s'étaient créées pour pouvoir résoudre les problèmes. Parce que Wêrê disait que chaque problème spécifique a sa cellule spécifique. Donc, on fonctionnait ainsi. Et ce qui a fait que, bon, on est beaucoup plus éloigné. Parce que chacun est parti de son côté. Mais, il y a des liens qui restent. Et moi, déjà au village, moi j'étais l'enfant spirituel de Wêrê. Et ça tombait bien parce que son ethnie, elle est Bassa du Cameroun. Et moi, je m'appelle Abou Bassa (rire) donc le choix s’est fait tout seul.
© Droits réservés
Sinon Wêrê, c'est ma mère spirituelle. On est toujours en contact. Et quand j'ai besoin de quelque chose, je l'appelle et vice-versa. Mais comme un grand enfant, on va de moins en moins voir la maman parce qu'on est un peu fier. On se dit qu’on est assez mû mais, n'empêche que de temps en temps, on a besoin de retourner ‘’téter’’ un peu (rire).
« Wêrê, c'est ma mère spirituelle »
Comment se fait la rencontre avec Péoula Zéréhoué, la mère de vos enfants ?
On avait des périodes d'appels à auditions. Et donc, je me souviens, c'est Zadito et Lémy qui sont allés dans une sortie. Ils sont allés au Nandjélé, à l'époque c'était le coin de Houon Pierre (défunt père du défunt artiste DJ Arafat, Ndlr) et puis ils l'ont vu là-bas. Ils lui ont demandé, puisqu’elle danse bien, de venir passer une audition. Bon, en ce moment, il n’y avait pas encore de téléphone portable.
Voici comment elle est venue au village pour passer son audition. Et moi, j'étais assis comme tout le monde, on a regardé passer l'audition. Mais waouh ! Mais moi, c'est une boule de feu que j'ai vu sur scène. Péoula, c'est une boule d'énergie. Elle peut te faire bouger même quand tu as l'impression que tu es mort. Et là, la flamme s'est allumée entre nous. Et puis c’est parti…
C’est parti tellement loin qu’il y a eu des enfants. Mais comment avez accueilli sa disparition ?
Comme on le sait, pour les personnes chères, c'est un vide qui ne se comblera jamais. Et de toute façon, on ne cherche même pas à combler, on ne cherche pas à fermer. C'est un vide qu'on accepte comme ça, c'est l'œuvre de Dieu. Mais c'est là où ça fait le plus mal, c'est quand il y a des fruits à récolter. Tu te dis que si elle avait été là, tu ne serais pas seul à manger. Parce que, quand on mettait ces enfants-là en route, on se parlait, on se disait des choses.
Vous avez beaucoup voyagé. Et parmi vos nombreux voyages, il y a un qui vous a particulièrement marqué. Celui des Jeux de la Francophonie au Niger. Vous nous en parlez ?
En 2005, j'étais un collaborateur de Souleymane Koli. Je m'occupais des musiques du Koteba. Et c'est comme ça, quand il a eu le contrat pour la mise en scène de la cérémonie d'ouverture des 5e Jeux de la Francophonie, automatiquement, il m'a confié la musique. Voilà, j'étais avec Cheick Tidjane Seck. Mais comme lui, son programme aussi ne lui permettait pas parce qu’il était en France. Et moi, cette expérience humaine, vraiment, elle m'a marqué à vie. Et je crois que je suis fait pour ça.
Ce sont des choses que je demande encore plus dans ma vie. Puisqu'après ça, on a dû aller faire la même chose au Togo. C'était un spectacle grandiose. Le genre de spectacle qu'on appelle fresque où vous avez près de 600 personnes sur scène ; il y a 200 danseurs, il y a 200 chanteurs et musiciens, il y a des marionnettistes, il y a des acrobates. Ce sont des gigantesques tableaux qui se passent. Et moi, j'avais la charge de la section chant et musique. Alors, je découvre les Peulh, les Touareg du Niger, les Hausa, les Armas, les Beriberi… et ce qui était merveilleux, c'est qu'il faut travailler avec tous ces gens. Et tu n'es pas à Abidjan. À Abidjan, tout le monde parle français. Même celui qui n'est pas allé à l'école parle français. Lire la suite sur https://www.lavenir.ci/people/14440-sa-carriere-ses-reves-clashs-entre-didi-b-et-himra-bomou-bassa-artiste-et-pere-de-didi-b-fait-le-grand-deballage?fbclid=IwY2xjawRN0zRleHRuA2FlbQIxMABzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeLjFi3BSjQzbIWGuN4scKC9QeOp6RRhZbJqput5MTQmgexrvQfanujViYnJk_aem_fGMLE8o1IlzZ8OEBYRuGxg