Détournements de fonds publics, litiges fonciers, orpaillage clandestin : la Côte d’Ivoire du désordre
Postée le 25-08-2026 / 10 Vues

Détournements de fonds publics, litiges fonciers, orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : ces trois désordres reposent sur la même mécanique. Des textes qui existent, une administration qui délivre des papiers contradictoires, et des intermédiaires qui prospèrent dans l’intervalle.

Le Conseil national de sécurité, réuni le 23 juillet 2026 sous la présidence d’Alassane Ouattara, a reconnu la « persistance, voire l’extension » de l’orpaillage clandestin sur toute l’étendue du territoire ivoirien, après cinq ans d’opérations qui ont pourtant abouti au déguerpissement de plus de 8 500 sites. Le même aveu d’impuissance vaut pour deux autres dossiers qui empoisonnent la Côte d’Ivoire : les détournements de fonds publics, dont la Haute Autorité pour la bonne gouvernance (HABG) mesure chaque année l’ampleur sans que des condamnations suivent au même rythme, et les litiges fonciers, que le ministre de la Construction chiffre lui-même en « plusieurs milliers » de cas.

Détournements de fonds publics : que disent les chiffres officiels ?

Le bilan 2025 de la Haute Autorité pour la bonne gouvernance, présenté le 5 mars 2026 lors d’une conférence de presse à son siège de Cocody, donne une idée du volume. L’institution a enregistré 11 037 appels sur son centre de dénonciation. Elle a reçu 9 844 déclarations de patrimoine sur les 10 858 attendues des agents assujettis. Depuis 2023, ses opérations de flagrance ont conduit à l’interpellation de seulement 37 agents publics et particuliers.

Son président, l’ex-juge Épiphane Zoro Bi Ballo, a annoncé une année 2026 « décisive » pour le renforcement opérationnel de la structure. La formule est prudente car elle dit surtout que le dispositif actuel de lutte contre les détournements de fonds publics ne suffit pas.

Du côté de la justice, le Pôle pénal économique et financier donne des chiffres plus concrets. Son procureur, Jean Claude Aboya, a déclaré en juin 2026 avoir ouvert plus de 1 000 dossiers de blanchiment de capitaux, traité 1 964 procédures depuis 2020 et obtenu 819 jugements. Quinze milliards de FCFA ont été saisis sur des comptes bancaires depuis 2022, avec 97 immeubles bâtis. « Le Parquet financier ne laissera personne saborder l’effort collectif déployé depuis octobre 2024 pour replacer la Côte d’Ivoire dans le concert des nations plus sûres », a-t-il affirmé à l’agence APA.

Pourquoi cette ambition ? Parce qu’en octobre 2024, le Groupe d’action financière (GAFI) a inscrit la Côte d’Ivoire sur sa liste grise. Le pays d’Alassane Ouattara est le seul de la CEDEAO encore soumis à cette surveillance renforcée. Abidjan est passée de 18 à 30 recommandations conformes sur les 40 exigées. Une troisième évaluation sur place était programmée en août 2026, avant la plénière d’octobre qui doit trancher du retrait ou non du pays de cette liste grise. Donc en clair, la crédibilité du pays sur les détournements de fonds publics se joue devant un jury étranger.

Détournements de fonds publics : l’affaire des 50 milliards a-t-elle été tranchée ?

Le 18 mars 2026, le journal satirique L’Éléphant Déchaîné publie une enquête affirmant que 50 milliards de FCFA dus aux collectivités territoriales n’ont pas été reversés sur 2024 et 2025 : 16 milliards pour la première année, 34 pour la seconde. Le maire de Tiassalé et ex-député Assalé Tiémoko Antoine reprend le dossier publiquement. « C’est 50 milliards qui manquent », résume-t-il.

Le ministère de l’Économie et des Finances, dirigé par Adama Coulibaly, dément le 27 mars 2026. Sa version : un écart de 23,45 milliards de FCFA, imputable à la différence entre prévisions budgétaires et recouvrement effectif, avec des taux de reversement de 93,71 % en 2024 et 95,51 % en 2025.

À ce jour, aucune décision de justice ni rapport d’audit public n’a départagé les deux versions. C’est précisément le problème : sur les détournements de fonds publics présumés, le débat s’arrête souvent au communiqué contradictoire. Nous avions détaillé les deux thèses dans notre enquête sur les 50 milliards qui font polémique.

Litiges fonciers : pourquoi le même terrain peut-il être vendu quatre fois ?

Devant l’Assemblée nationale, le 17 juin 2025, l’ex-ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme Bruno Nabagné Koné a livré une réponse qui a marqué les députés. Interrogé sur l’indemnisation des victimes de spoliation, il a répondu : « L’État ne peut indemniser quelqu’un qui a acheté un terrain de manière informelle. » Lire la suite sur https://www.afrique-sur7.fr/detournements-de-fonds-publics-cote-divoire

 

Mots clés: #Détournements #Litiges fonciers #Côte d’Ivoire
Source : Afrique-sur7.ci
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