Alors qu'un ministre et la municipalité avaient publiquement légitimé la démolition massive au quartier « Campement » de Koumassi en invoquant une décision de justice, le Procureur de la République vient de publier un démenti, qui suscite l'indignation de la classe politique et de la société civile.
C'est un véritable camouflage pour les autorités locales et gouvernementales. Le 3 juin dernier, des bulldozers rasaient des dizaines d'habitations à Koumassi, laissant de nombreuses familles sans ouvrir en pleine saison des pluies. Très vite, la machine de communication s'est mise en branle pour justifier l'opération.
La ministre de la Solidarité, Myss Belmonde Dogo, s'est rendue sur les lieux pour exprimer sa compassion, tout en s'empressant
de dédouaner l'exécutif. Sur ses réseaux sociaux, elle « tenait à préciser » qu'il s'agissait d'une « procédure judiciaire initiée par un particulier ».
Même son de cloche du côté de la mairie de Koumassi. Dans un communiqué, la municipalité affirmait avec aplomb que l'opérateur économique, un certain Alloui Brou Jacques, disposait de toutes les « autorisations requises », notamment une « grosse exécutoire », pour faire valoir ses droits sur cette parcelle.
Démenti cinglant
Sauf que cette version officielle vient de voler en éclats. Dans un communiqué daté du 10 juin, le Procureur de la République près le Tribunal de première instance d'Abidjan a rétabli une toute autre vérité. Après vérifications, la justice ivoirienne est formelle, le verdict brandi par l'opérateur « n'autorise aucune démolition de constructions ». Pire, la requête de l'intérêt avait été explicitée par le Tribunal, et celle-ci ne visait à l'origine que cinq habitations, bien loin des destructions massives constatées sur le terrain.
Pour le parquet, les faits sont d'une extrême gravité. Ces démolitions forcées constituent des « troubles à l'ordre public, voies de fait et destruction volontaire du bien d'autrui », des délits sévèrement réprimés par le Code pénal. Une enquête a été ouverte et l'instigateur des travaux, désormais qualifié de fugitif, est activement recherché par les forces de l'ordre.
Grincements de dent
Comment un ministre et une équipe municipale ont-elles pu relayer de fausses informations sans procéder aux vérifications d'usage auprès du ministère de la Justice ? Cette légèreté administrative suscite en tout cas l'indignation de la classe politique et de la société civile.
Dans une déclaration publiée après le communiqué du Procureur, le politique Agissons Ensemble s'interroge notamment « comment le nommé Alloui Brou Jacques at-il pu, à lui seul, mobilisateur des détachements entiers de la force publique mouvement pour détruire une dizaine d'hectares sans qu'aucun titre exécutoire valable ne l'y autorise ? »
Même tonalité chez l'historien et analyste politique Arthur Banga. Qualifiant l'affaire d'« inadmissible », il s'étonne que des familles doivent avoir été expulsées avant toute vérification sérieuse de la base légale de l'opération. « Comment, dans ces conditions, peut-on débarquer avec les forces de l'ordre ? Comment les services publics ont-ils pu laisser faire ? », s'interroge-t-il. Lire la suite sur https://www.linfodrome.com/politique/122326-en-cote-d-ivoire-le-deguerpissement-de-koumassi-vire-a-l-imbroglio-politico-judiciaire